Le lâcher-prise : comment y arriver ?

Bien qu’étant un concept très ardu et très complexe à appliquer, il reste néanmoins nécessaire pour faire face à des situations stressantes, à des situations qui nous font souffrir. Il est, notamment, un chemin incontournable dans la guérison d’un burn-out.
Cependant, Le lâcher-prise utilisé tel quel sans en comprendre les mécanismes sous-jacents, agit un peu comme ce qu’on appelle une double contrainte en psychologie dont la plus connue est « sois spontané ». Il suffit de dire mais lâche prise à quelqu’un pour avoir le même résultat que de dire arrête d’avoir peur à quelqu’un qui a peur, calme-toi à quelqu’un qui est énervé,…

Quand on dit à quelqu’un de lâcher-prise sans lui apprendre, pas à pas, comment faire, c’est comme si vous étiez dans un avion et qu’on vous disait : « saute » sans vous expliquer que vous avez un parachute sur le dos, comment il faut le déclencher, comment vous devez vous positionner lors de le l’arrivée sur terre,… Si on nous vous explique pas tout cela, il y a de forte chance pour que vous n’acceptiez pas de sauter de l’avion et de la même façon que vous n’acceptiez pas de « lâcher-prise ».

Pour mieux comprendre le lâcher-prise, il paraît important d’explorer d’abord son contraire, à savoir l’hyper-contrôle. L’hyper-contrôle nous pousse à penser que pour que les choses se passent bien pour nous, il faut arriver à tout contrôler. Ainsi face à des situations de vie plus ou moins difficiles à gérer, face à des personnes, on a l’impression que tout doit se passer comme on le souhaite pour que ce soit plus facile pour nous. Ces tentatives d’hyper-contrôle prennent naissance dans notre partie du cerveau qui voit toutes incertitudes comme un risque, un danger potentiel. Cette partie de notre cerveau a la charge d’effacer toute incertitude, d’éliminer tous les doutes afin d’éliminer tout danger potentiel. Dès lors face à des situations où il nous est impossible de tout contrôler, cette partie du cerveau devient alors hyperactive car elle essaie de contrôler à tout prix une situation sur laquelle elle ne peut avoir de pouvoir. Au lieu de se dire : « j’arrête », elle s’évertue à continuer et cela génère en nous des émotions négatives de type anxiété, stress, angoisse, colère, peur, ressentiment,…. Toutes une série d’émotions dont nous nous passerions bien au quotidien. Le problème de ces émotions, c’est que d’une part, elles sont désagréables mais en plus, elles vont alimenter les actions que nous allons entreprendre. Et cela va aller plutôt à l’encontre des résultats que nous voudrions créer car on va apporter cette mauvaise énergie émotionnelle à toutes nos entreprises. Cette tentative d’hyper-contrôle nous amène dès lors davantage dans une situation d’impasse que vers une solution.

Ainsi quand on se trouve dans une tentative d’hyper-contrôle, qu’on a le sentiment qu’il faut que l’on contrôle tout pour être bien, pour que les choses aillent bien pour nous, cela nous amène systématiquement dans le mur. Une fois que l’on s’est rendu compte de cela, qu’on constate que l’on ressent beaucoup d’angoisses, de peurs, de stress face à des situations qui échappent à notre contrôle, on peut constater que notre façon de faire ne fonctionne pas et que ce serait peut-être bien d’apprendre à agir autrement. Mais faire autrement, cela passe pas la compréhension de trois mécanismes principaux que sont : évaluer clairement notre sphère de contrôle, se libérer de notre indépendance émotionnelle et enfin adopter une position d’acceptation de ce qui est.

1/ Évaluer clairement notre sphère de contrôle :

Le premier ingrédient du lâcher prise consiste à intégrer objectivement l’étendue de notre contrôle, de notre pouvoir dans notre vie. L’idée est que face à toute situation, il faut analyser ce qui relève de notre contrôle et ce qui n’en relève pas. Nous avons tous une sphère de contrôle, de pouvoir et d’influence autour de nous qui est d’une portée délimitée et finie. Les autres personnes qui gravitent autour de nous ont, elles aussi, leur propre sphère de contrôle, de pouvoir et d’influence et dès lors qu’on essaie de contrôler ce qui se passe dans la sphère des autres, on se met en difficultés et on utilise notre énergie d’une manière qui ne nous est pas favorable.

Ce qui relève de notre propre sphère de contrôle, de pouvoir et d’influence est :
• ce sur quoi je choisis de porter mon attention ( = mes pensées) ;
• comment est-ce que je me sens (= mes émotions) ;
• comment j’agis (= mes actions, mon comportement, ce que je dis)
• les conséquences de mes actions
• les efforts que je choisis de faire
• les standards auxquels je choisis de me tenir
• la façon dont je m’occupe de moi-même, dont je m’occupe des autres
• mes idées, mes intentions, les erreurs que je fais et comment je les répare

Et tout autour de moi, il y a d’autres êtres humains qui ont eux aussi leur propre sphère de contrôle. Dès lors dès que j’ai dans l’idée de contrôler ou de modifier ce sur quoi l’autre porte son attention, sur comment cette autre personne se sent, comment elle agit, comment elle se comporte, les conséquences de ses actions, les efforts qu’elles décident de faire ou de ne pas faire, la façon dont elle s’occupe d’elle-même, dont elle s’occupe des autres, ses idées, ses intentions, les erreurs qu’elle fait et comment elle les répare,… on peut alors avoir une sorte de voyant rouge dans notre tête et nous dire : « attention là tu fais fausse route, tu essaies de contrôler quelque chose qui est en dehors de ton contrôle, qui t’échappe complètement donc fais marche arrière et regarde plutôt dans ta propre sphère de contrôle et vois dans celle-ci ce que tu peux faire, à l’intérieur de celle-ci, pour faire évoluer la situation d’une façon qui te correspond, qui réponde plus à la situation idéale à laquelle tu voudrais arriver ».

L’idée de cette première étape pour parvenir à « lâcher-prise » est donc de faire un pas de recul, de bien observer les paysages qui se dessinent devant nous et de bien distinguer tous les endroits où je suis en train d’investir mon énergie émotionnelle et mon temps mental en me posant à chaque fois la question : « suis-je bien dans ma propre sphère de contrôle, de pouvoir et d’influence ? ». Si ce n’est pas le cas, alors évaluer par quel biais je peux passer, au sein de ma propre sphère d’influence, de contrôle et de pouvoir, pour faire changer la situation d’une façon qui va m’être favorable par rapport aux résultats que je veux créés. Il s’agit donc de porter notre attention sur ce qui dépend de notre propre sphère de contrôle et de développer notre confiance dans le fait que même si les choses ne se passent pas comme on le souhaiterait forcément, on aura fait ce qu’on pouvait, avec les moyens qui étaient les nôtres pour faire évoluer la situation et que le reste appartient aux autres.

L’erreur que l’on fait trop souvent est de croire que l’ont peut contrôler tout un tas de choses qui ne sont pas sous notre contrôle. Et la seconde erreur que l’on fait lorsqu’on refuse de lâcher-prise, c’est de penser que si on cesse de vouloir contrôler ces choses alors on abandonne aussi notre possibilité de l’influencer. Il faut donc plutôt se dire : « je ne peux pas agir directement sur ces choses qui ne sont pas sous mon contrôle mais par contre, au sein de ma propre sphère d’influence, que puis-je faire pour faire avancer la situation dans le sens qui me plaît ? ». C’est un exercice à faire souvent, devant chaque situation afin de véritablement arriver à l’intégrer et à ne plus tomber dans ce piège.

2/ Se libérer de notre indépendance émotionnelle :

Le deuxième ingrédient pour pouvoir lâcher-prise est l’indépendance émotionnelle. L’idée ici est de se souvenir toujours et de prendre la responsabilité du fait que nous sommes les seuls à créer nos émotions. Les émotions que l’on ressent sont crées par nos pensées et nos pensées nous en sommes en partie responsables. Nous avons la capacité de modifier nos pensées vers des réflexions qui nous sommes plus utiles que de nous laisser envahir par des idées parasites. Ce n’est pas l’idée ici d’arriver à des pensées positives à tout va, mais bien d’arriver à développer des pensées utiles qui nous aident à agir d’une façon qui répond à nos envies. Aucune situation extérieure à nous, aucune personne n’a d’impact sur nos émotions. C’est uniquement à travers ce que l’on choisit de penser de ces personnes ou de ses situations que l’on créée certaines émotions. Donc l’erreur que l’on fait trop souvent quand on a du mal à lâcher prise sur une situation qu’elle soit relationnelle, professionnelle, personnelle, …. c’est de penser que l’on a besoin que ces choses extérieures se déroulent d’une certaine façon pour que nous puissions nous sentir bien. À partir du moment où je pense que les choses extérieures à moi doivent être d’une certaine façon pour que je puisse me sentir bien, sereine, connectée,…. l’enjeu que je vais mettre dans cet hyper-contrôle va être énorme car je vais me dire qu’il faut absolument que je fasse en sorte que les choses se passent comme je trouve qu’elles doivent se passer, que les gens se comportent comme j’estime qu’ils doivent se comporter,…. Sinon je vais me sentir mal et ma météo émotionnelle va devenir mauvaise. Or la seule façon que nous avons de ressentir la vie, le monde, ce fait au travers de nos propres émotions. L’enjeu est donc ici colossal. Et c’est pour cela que lorsque l’on pense que ce sont les situations extérieures et les gens autour de nous qui créent nos émotions, nous sommes alors terriblement investis dans le contrôle de ces gens et de ces situations.

Il faut bien se rendre compte que notre énergie et notre temps mental sont des ressources finies et que dès lors il faut veiller à ne pas les gaspiller vers des chemins qui ne vont pas nous aider à accomplir notre mission, à devenir la meilleure version de nous-mêmes. L’enjeu est donc ici de détecter ce mécanisme de dépendance émotionnelle dans lequel nous faisons reposer notre sérénité, notre bien-être, notre disponibilité mentale, nos émotions d’une façon générale sur ce que pensent d’autres personnes. Tout l’enjeu va être d’identifier les pensées que nous avons et qui nous placent dans cette dépendance émotionnelle pour pouvoir nous en détacher petit à petit et arriver à trouver un point d’équilibre dans lequel il nous est alors possible d’accepter que des personnes se trompent sur ce que l’on est, les laisser penser ce qu’elles veulent et cultiver par nous-mêmes les émotions que nous avons envie de ressentir et qui vont nous permettre d’être la meilleure personne que nous souhaitons être, sans être influencés et sans changer nos comportement en fonction de ce que l’on croit que les autres pensent de nous.

On voit donc bien de quelle façon notre indépendance émotionnelle peut venir perturber le lâcher-prise. Car, en effet, quand on pense que les situations doivent être contrôlées à notre idée pour que nous puissions nous sentir bien, on introduit alors une tension, une énergie du désespoir et un enjeu qui nous conduisent à vouloir essayer de tout contrôler. Le lâcher-prise par rapport à ce mécanisme consiste à se dire « je n’ai pas besoin que ces situations se déroulent comme je l’ai en tête, je n’ai pas besoin que les gens se comportent de la façon dont je l’imagine, je n’ai pas besoin que toutes ces situations extérieures à moi se déroulent d’une façon ou d’une autre pour pouvoir m’occuper de moi et de ma météo émotionnelle, pour pouvoir créer pour moi-même les émotions que j’ai envie de ressentir dans cette situation ». Il ne faut plus s’engloutir dans une impasse mais faire marche arrière et prendre la rue de l’indépendance émotionnelle (et plus de la dépendance) pour faire émerger en nous les émotions que nous avons envie de ressentir.

3/ Accepter ce qui est et composer avec :

Un troisième aide pour aider au lâcher-prise est l’acceptation.
Une troisième erreur que l’on fait fréquemment et qui entrave le lâcher-prise est que lorsqu’on est dans l’hyper-contrôle, en réalité on est dans une forme de résistance, on résiste à ce qui est, on résiste au fait que certaines personnes échappent à notre contrôle, on entre en résistance en se disant que ce n’est pas comme cela que je veux que le monde soit et donc je vais essayer de changer le monde, de contrôler, de le manipuler aussi fort que je le peux pour que le monde ne soit pas comme il est car comme il est, ça ne va pas. L’hyper-contrôle c’est de la résistance à ce qui est et il est important de l’identifier comme telle. L’erreur que l’on fait souvent c’est que l’on a l’impression que la seule alternative que nous avons à la résistance, c’est la résignation. Et dès lors on pense que lâcher-prise correspond à abandonner tout effort, à se résigner et à être dans la défaite, l’abandon et que ce positionnement nous oblige à composer avec une situation qui ne nous convient pas. On a le sentiment que les deux seuls choix possibles sont soit la résistance, soit la résignation et comme la résignation, cela ne nous plaît pas, on se dit que la seule option qui reste est la résistance. Lorsque l’on se place dans cette dichotomie, on en oublie la voie du milieu qui est l’acceptation. L’acceptation consiste à faire un pas de recul et à regarder le tableau de la situation tel qu’il est en se disant : « bon ok les choses se présentent comme cela et ne correspondent pas à mes propres idées, mais j’accepte que l’autre ait une idée différente de la mienne, qu’il ait une autre conception des choses et j’accepte que la vision de l’autre est tout aussi légitime, juste, … que la mienne ».

Passer par l’acceptation nous permet de libérer de l’énergie mentale pour choisir la façon dont on a envie d’aborder la situation, cela nous permet de libérer notre énergie et notre temps mental pour agir, pour aménager une situation de sorte qu’elle corresponde mieux aux résultats que nous souhaitons. Les pensées d’acceptation font naître chez nous des émotions qui sont tout à fait différentes que les pensées de résistance. Celles-ci créent plutôt des émotions désagréables qui nous poussent à mal parler aux autres ou à adopter des comportements passifs-agressifs que l’on regrettent après et qui ne reflètent probablement pas la meilleure version de nous-mêmes. Au contraire, les pensées d’acceptation créent des émotions qui nous permettent de rester en pleine possession de nos moyens et de notre liberté d’action. Dans l’acceptation, on crée des émotions qui nous permettent de naviguer à travers une situation sans obliger les autres à aller dans notre sens, sans essayer de contraindre les gens ou les situations à aller dans notre sens et cela nous permet de porter notre attention sur le résultat que l’on a envie de créer et de révéler des pistes que l’on ne voyait pas lorsqu’on était en résistance. De plus, Lorsqu’on apporte de l’énergie d’acceptation à une situation, on laisse beaucoup plus de place à l’autre d’aller finalement dans notre sens. Car la résistance provoque bien souvent une force de résistance encore plus forte chez l’autre dans l’autre sens. Le fait de ne plus être dans l’opposition fait que l’autre ne l’est plus non plus. Quand on change notre énergie, l’énergie de l’autre peut changer aussi (même si ce n’est pas toujours garantit).

Il s’agit donc ici de faire la différence entre le scénario de la résistance, le scénario de la résignation et le scénario de l’acceptation et d’essayer dans toutes les situations d’envisager la voie de l’acceptation et de voir à quoi elle peut nous conduire, quel résultat cela peut créer et de choisir alors le scénario qui nous convient le mieux. La voie du milieu, la voie de l’acceptation n’est certes pas la plus facile à emprunter mais elle est souvent celle qui donne les meilleurs résultats dans la qualité des relations et dans la qualité des situations traversées.

Pour conclure cet article, je vous dirais : « ayez beaucoup de patience, de compréhension et de bienveillance envers vous-mêmes si vous vous apercevez que vous avez beaucoup de mal à faire ce lâcher-prise ». Le lâcher-prise ce n’est pas une compétence, c’est une multitude de connaissances, d’aptitudes, de concepts et on ne peut pas devenir le pro du lâcher-prise par un simple claquement de doigt. Le lâcher-prise est une pratique très complexe dans le développement personnel de soi, de la connaissance de soi et demande du temps. Le sens du lâcher-prise consiste en toute situation à comprendre où s’arrête ma responsabilité et où commence celle des autres et à toujours porter notre attention et notre énergie dans ce qui est de notre responsabilité, de notre contrôle parce que c’est là que notre énergie et notre temps mental sont les mieux investis. Rien dans notre cerveau nous conduit au lâcher-prise et il faut dès lors faire beaucoup d’efforts pour toucher du doigt cette idée du lâcher-prise. Il s’agit d’un cheminement, cela prend du temps et parfois se faire aider par un professionnel peut -être nécessaire.

  • Enfin voici une citation de Marc Aurèle, empereur romain et philosophe stoïcien, né en 121 et qui, déjà à cette époque, était d’une grande sagesse et disait déjà ce qui résume bien tout le concept du lâcher-prise :

 

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